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Quatre abords de ce qui nous échappe

Quatre abords de ce qui nous échappe

Par: Frédérick Lavoie

Oeuvre : David Lafrance, 2020

 

 

 

I

 

Le peintre dit :

depuis la fenêtre de mon atelier

et l’anecdote de mon âge je cherche 

dans les limbes du feuillage

et l’appel du carouge

une saillie contre nature

une lézarde dans la tessiture

la singularité de mon temps

 

j’ai moi aussi lu les évangiles

je connais le principe de dilution

des eaux jusqu’à l’amnésie 

je sais que comme toute ère

l’anthropocène aime 

à voiler ses maillages 

mais

néanmoins je persiste je

scrute le vivant de mes yeux 

        étroits 

comme les rivages du perceptible

j’espère encore la Révélation 

ou de grâce 

un aperçu furtif de la racine 

de ce qui nous ronge

 

en vain

 

ne trouvant plus pour seule logique 

que cette foi souffrant déjà 

des désaveux à venir 

je sens

mollir mon langage tranchant

j’abjure ma soif

et je peins

ce qui ne demande aucune preuve

une ambiance une rumeur une angoisse

ma très personnelle anamorphose 

du colibri dans la mine

 

II

 

La voici l’artiste

en flottaison sur l’astroblème

en contreplongée du saccage

immobile mais debout

la voici qui mime

happée

l’origine des collisions

l’une astrale l’autre anthropique

multiples et effectives toutes deux

comme l’arrogance du progrès 

et celle de la météorite

 

la voilà qui appelle

à voix raccourcie

à faire apparaître ce qui n’a disparu

que de nos rages épuisées par la vie

qui appelle

un couteau dans la gorge

à de légitimes entailles

dans l’ordre des choses

à la transgression comme moyen 

d’infléchir les augures

de contrecarrer 

si cela est encore possible

l’accélération des forces 

          courant avec furie 

          à leur propre destruction

 

III

 

Sur les battures de la galerie

l’exondation a laissé choir un à un

ou peut-être groupés

les mystères de la métamorphose

autant de pièces à conviction 

de la participation de l’invisible

à l’arbitraire de nos durées

 

la plasticienne se penche

écoute

prélève archive agence

établit entre ces filaments de sens probable 

encore chauds et parlants

des frontières

ténues et poreuses

par expérience elle sait

que la discontinuité des espaces

n’interdit en rien

sororité et autres douceurs

entre gens comme entre objets 

 

elle fait maintenant un pas

      de côté 

                     puis un autre 

vers l’arrière

écoute ce qu’elle voit

réagence les valeurs 

retourne 

le tissu de ce qui nous habite

l’œuvre

dit-elle

est une épreuve

d’adaptation constante

 

et de nouveau

elle ressasse

        avance

 

IV

 

De retour d’apnée

l’écrivain confronte son curseur

coudoyer le paysage et

l’antinomie des instincts

l’avait rendu

quasi aphone

comparer ses récoltes à l’épistémè

l’a dérobé de ses 

dernières palmes d’assurance

 

il se sait plus vaste qu’hier

et de ce fait son emprise se dérobe

plus que jamais il soupèse

chaque débâcle dans ses lexèmes

devient exégète de ses propres apports

cent fois il

réajuste sa focale

déchire renie 

frôle une justesse    puis

reprend les détours par d’autres jardins

 

quand passagèrement une aise le porte

qu’il ose se croire à-propos

voici ce qui émerge :

 

la Terre n’éprouve aucun de nos climats

ce désastre nous appartient

ne nous conférons pas

insolemment

pour son avenir

l’importance du Soleil

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