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LE PÉRIPHÉRISME / Le Pape François 1er et l’artiste-roi Denys 1er sur la même longueur d’onde

LE PÉRIPHÉRISME

Le Pape François 1er et l’artiste-roi Denys 1er sur la même longueur d’onde


Le périphérisme et le système de l’art

Denys Tremblay adapte ici au système de l’art le contenu de la lettre de Jorge Mario Bergoglio (le 9 mars 2013) qui le fera élire pape François 1er. L’artiste-roi Denys 1er croit que le système de l’art a les       mêmes problèmes et les mêmes défis que le système de l’Église. Pour plusieurs, l’art a remplacé la religion comme producteur d’idéal mais le système de l’art doit le désincarcérer de lui-même pour lui rendre sa liberté de changer le monde.

On a parlé de création. C’est la raison d’être du système de l’art, « la douce et inconfortable liberté de créer ». Ce sont tous les artistes et « les intellectuels de ce monde » eux-mêmes qui, de l’intérieur de nous-mêmes, nous y poussent.

Denys

1) Créer implique un zèle libertaire absolu. Créer présuppose dans le système de l’art la parrhésia, de sortir de lui-même. Le système de l’art est en effet appelé à sortir de lui-même et à aller vers les périphéries, pas seulement géographiques mais également celles de l’existence : celles du mystère de la conformité, celles de l’insignifiance qui détruisent toute signification, celles de l’indifférence qui détruisent toute différence, celles de l’ignorance et de l’absence de liberté, celles de la pensée unique, celles de toutes les formes d’équivalence qui détruisent toute valeur.

2) Quand le système de l’art ne sort pas de lui-même pour libérer la création, il devient autoréférentiel et alors tombe malade. Les maux qui, au fil du temps, frappent les institutions artistiques ont des racines dans l’autoréférentialité, dans une sorte de narcissisme institutionnel. Dans l’anonymat, l’artiste dit qu’il se tient sur le seuil du système de l’art et qu’il l’appelle. Évidemment, on suppose que l’artiste est dehors, à la porte, et qu’il frappe pour entrer dans la reconnaissance et le marché. Mais parfois, je pense que l’artiste frappe de l’intérieur, pour que nous le laissions sortir. Le $ystème de l’art autoréférentiel veut retenir l’artiste dans son intérieur et il refuse de le laisser sortir.

3) Le $ystème de l’art, quand il est autoréférentiel, sans s’en rendre compte, croit posséder une lumière qui lui est propre. Il cesse d’être le « mysterium lunæ » et provoque ce mal si grave qu’est la mondanité intellectuelle, cette façon de vivre pour se glorifier mutuellement. Pour simplifier, il y a deux conceptions du système de l’art : celle libératrice qui le sort de lui-même et celle de l’art mondain qui vit en lui-même, par lui-même, pour lui-même. Cela doit éclairer les possibles changements et réformes à réaliser pour le salut de l’art.

4) Pensons aux prochains artistes reconnus et souhaitons qu’ils soient des artistes qui, à travers l’abandon à la liberté et à l’urgence, aident le système de l’art à sortir de lui-même et à aller vers les périphéries de l’existence, qui l’aident à être un contexte fécond qui revit « de la douce et inconfortable liberté de créer »

 

 

Denys Tremblay
Artiste, roi et L’Illustre Inconnu

Denys Tremblay est un artiste transdisciplinaire, outrepassant la nature conventionnée de l’art, l’un des premiers penseurs du périphérisme et l’inventeur du really-made. Hervé Fischer lui a consacré un livre abondamment illustré en 2009, Un roi américain, chez VLB éditeur.

Derniers commentaires

  1. Zone Occupée

    Permettez, chers amis, que j’intervienne dans le débat.

    Non, je ne crois pas, cher Hervé, que l’art ait pris la place de la religion: il a plutôt disparu en même temps qu’elle et même avec elle, et de la même façon: en se disséminant, en disparaissant dans le paysage. Chacun a désormais sa religion, sur mesure, pas contraignante pour deux sous, sans dogmes ni rituels, sans exigence et sans autre portée métaphysique que celle d’une carte de crédit tirée sur l’éternité: tant qu’on l’a, on est persuadé qu’une entité bienveillante veille sur nous , qu’elle ne nous demande rien (même pas de penser aux autres: pourtant «religion», c’est ça que ça veut dire, en latin: «établir des liens», de même qu’ecclésia en grec, qui, en passant per le latin, nous a donné «église» ne veut dire qu’«assemblée, réunion») et nous garantit de mourir avec la certitude de nous survivre, d’une manière ou d’une autre, fût-ce comme un esprit bienveillant qui d’en haut veille sur les siens et attend qu’ils le rejoignent. C’est cet espoir proprement insensé que j’appelle une carte de crédit tirée sur l’éternité.
    Dans ce contexte, le pape François, à défaut d’être une rock star comme Jean-Paul II — une rock star, c’est une «idole», nous sommes bien d’accord? Tu entends ça, Moïse, mon chum? —ne peut espérer que devenir une sorte de Saint François d’Assise qui troquerait la pompe vaticane pour la simplicité volontaire et serait le gourou de la bienveillance universelle parti en guerre contre les méchants apparatchiks du Vatican et contre le système, un peu comme notre Denys premier dont je suis pourtant, en partie, mais en partie seulement, un disciple.
    Mais qu’en est-il, maintenant de l’art? Je crois que le postmodernisme qui prétendait avoir mis fin à l’histoire a plutôt liquidé l’art, entre autres choses.Il a donné une extension insoupçonnée a la célèbre formule de Gombrich: «There is no such a thing as art, there are only artists», pour moi l’une des plus grandes conneries qu’on ait jamais écrites — et Dieu sait s’ il s’en est écrit, dans l’histoire de l’humanité. Je pense au contraire que c’est l’art qui fait les artistes et que sans lui, ils n’existent pas. Sans le contexte et le discours qu’il est, avec ses rites, ses églises, ses dogmes provisoires, ses institutions — y compris la bohème ou le libertarisme de Denys, sans parler de son périphérisme qui n’a de sens que comme opposition dynamique à un autre système, mais qu’il n’a pas vocation à remplacer, sous peine de devenir lui-même système, religion ou de se perdre à son tour dans le paysage de l’explosion individualiste et narcissique actuelle qui est, justement, une des raisons de la fin de l’art. Chacun, désormais, fait son artiste sur Facebook, au moment ou bien des artistes patentés prétendent, eux, faire du Facebook de leur art, en invitant par une «proposition» (ce mot qui a remplacé «œuvre» me hérisse le poil des mollets) les spectateurs à participer et à «liker» la chose parce qu’elle aura stimulé ou mobilisé leur créativité, bullshit démagogique et publicitaire, justement pour se faire «liker». Moyennant quoi, on peut faire n’importe quoi, pourvu qu’on l’agrémente du discours standard, façon doctorats en art de l’UQAM ou de Concordia, sur «la remise en question du regard», «la ré-invention du quotidien», «la culture populaire et le kitsch» comme sources d’inspiration distanciées par l’ironie qu’on leur applique.
    Denys premier a un discours que je respecte et endosse en grande partie, mais c’est un discours et un propos résolument modernes qui donnent un tour de plus au geste de Duchamp, en ce sens que son action, tournée vers l’Autre est un hapax: comme l’urinoir de Duchamp transporté dans le musée et le système de l’art ne peut avoir lieu qu’une fois, sous peine de perdre son potentiel explosif et définitivement «révolutionnaire» — et toutes les fadaises pop qui ont prétendu faire autre chose n’ont jamais été que la répétition inutile et affadie de ce geste ou l’expansion-dissémination de ce Big Bang là, en fait les premières atteintes du postmoderne —la royauté de Denys est un hapax, un geste unique, lui aussi avec un effet explosif qui ne cesse de se diffuser. Mais la grande différence — ce que j’ai appelé un «tour de plus», c’est qu’il ne transportait pas un objet du commerce à l’art, mais faisait coïncider, au point que l’une n’est plus distinguable de l’autre, une performance artistique et sociale avec une intervention politique. Le contexte moderniste où travaillait Duchamp lui a assuré un écho considérable, celui postmodernisme où œuvrait Denys l’a fait prendre à la blague. Signe des temps.
    Nous sommes en effet entrés, camarade, non pas dans l’ère du verso, comme on le croyait naïvement dans les années soixante, mais dans l’ère du karaoké: chacun veut prendre sa place dans l’art, les réseaux sociaux, l’aventure, les sports extrêmes: vantez-vous d’avoir vaincu l’Éverest en vélo de montagne ou traversé l’Atlantique dans une baignoire, et vous allez à tous les coups trouver quelqu’un pour s’écrier: «moi aussi!».
    Notre civilisation hystérique et paranoïaque souffre d’un grand déficit d’altérité: elle est incapable de penser l’autre en d’autres termes qu’un Narcisse concurrent. Elle est incapable de penser le lien, la différence, le commun qui ne soit pas la masse, c’est-à-dire garde toujours en lui une part d’altérité.

    Voilà pourquoi, certes, «there is no such a thing as art» —not any more — but «there are only artists», indeed, we all are! HCE est roi, Here Comes Everybody. Joe Blow règne et il suffit. Tout ce qu’il excrète, loin des systèmes, est d’or: c’est à «liker» ou à effacer par n’importe quelle autre excrétion. Comme sur les réseaux sociaux où un message débile chasse l’autre.
    Amen.
    Allez en paix, mes frères.

    J-P

    P.S: j’aurais bien voulu envoyer tout ça à tous, ne serait-ce que par rigueur chrétienne, pour tendre l’autre joue, mais je ne sais pas comment faire, dinosaure informatique que je suis. Hervé, si tu le juges bon, be my guest

    , Zone Occupée
  2. Zone Occupée

    Cette reprise en termes d’art la lettre du futur pape François qui était centrée sur l’ église et la religion est très perspicace. Denys Tremblay fait ainsi écho à mes propos dans L’Avenir de l’art (vlb 2010), où je suggérais que l’art prend la place de la religion dans les sociétés laïques contemporaines. Il y a là un important thème de réflexion à approfondir par les artistes.

    Hervé Fischer

    , Zone Occupée

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